ZOKATOS

Copyright © 2015 Amaury Grisel

Bercé par la contre-culture des années 90, Zokatos s’est naturellement tourné vers la rue comme terrain d’expression originel. Il a gardé du graffiti sa brutalité, sa force évocatrice et une certaine conception de la peinture. Du mur à la toile, son travail a ensuite évolué, tout en conservant les outils du street art, marqueurs et bombes aérosols pour l’essentiel. Ses compositions abstraites et colorées détonnent à présent avec l’univers pragmatique et grisonnant des cités parisiennes de son enfance.

Son œuvre, déjà riche et variée pour un artiste de 28 ans, est une synthèse originale mêlant art urbain et art abstrait, passant de la bombe à l’aquarelle, de la toile à la sculpture, avec la facilité des grands autodidactes. La série Abztractz, dont plusieurs tableaux exposés sont issus, en est un bel exemple. La douceur d’une esthétique non figurative faite de formes et de couleurs vives est comme violentée, brutalisée par les outils utilisés, les coulures et la spontanéité du geste de l’artiste. On pense alors à une allégorie du dilemme de l’artiste urbain, ce tiraillement constant entre la rue, salle d’exposition éternelle, et la toile, mal nécessaire.Si chercher à rapprocher son esthétique de celle d’illustres peintres à un sens, on peut citer les maîtres de l’Ecole de New-York : de l’action-painting de Pollock pour le rythme imprimé à chaque composition, à la post-painterly abstraction de Sam Francis, génie de la couleur.

On évoquera aussi l’abstraction lyrique, Mathieu, Schneider, Hartung, dont la démarche artistique fondée sur l’absence de préméditation du geste et la vitesse d’exécution était propice à révéler le génie artistique, les tableaux devenant alors la transcription directe de l’émotion du peintre.C’est cette même émotion que l’on retrouve dans la peinture de Zokatos, l’émotion brute de l’artiste qui peint pour exister et pour qui la toile, médium d’expression vitale, est une fin en soi.